Le jeudi 26 mai 2014, la chaîne de supermarché belge Colruyt a émis un communiqué: “En 2013, le groupe a fait auditer quelque 62 fabricants non-food asiatiques (…) Chez 15 de ces fournisseurs, un terme a été mis à la collaboration pour résultats insuffisants ou refus d’audit. Le groupe a également accepté 223 audits menés par des organisations tierces et validés comme conformes, portant le nombre d’unités de production contrôlées à 285. Au fil des audits, Colruyt Group a pu constater les progrès réalisés au niveau des conditions de travail. Dans la plupart des cas, le management est disposé à apporter les améliorations demandées. Un plan d’amélioration a été soumis à 23 autres fournisseurs, lesquels seront à nouveau contrôlés en 2014. Colruyt Group a par ailleurs mis un terme à la collaboration avec 15 fabricants pour refus d’audit ou résultats insuffisants.
Les infractions les plus fréquentes restent un nombre trop important d’heures supplémentaires et parfois leur trop faible rémunération. Les règles élémentaires de sécurité font également partie des non-conformités les plus observées.
La Libre ajoute que: “Afin d’éviter un surplus d’audits, Colruyt Group tient également compte des audits menés par des tiers selon les standards de l’ICTI (International Council of Toys Industries), de la BSCI (Business Social Compliance Initiative) et de la SA 8000. Par ailleurs, en tant que membre de l’ICS (Initiative Clause Sociale), le groupe bénéficie également des rapports d’audits effectués par les autres membres”, ajoute-t-il. En 2013, 223 audits externes et validés comme conformes ont ainsi étés acceptés, portant le nombre d’unités de production contrôlées à 285.”
Qu’est-ce que j’en pense?

  1. Point positif: certainement une évolution prometteuse que des chaînes de supermarchés en Europe tentent de vérifier les conditions de travail chez leurs fournisseurs. Colruyt dit le faire depuis onze ans, mais beaucoup déclinent encore toute responsabilité pour ce qui se passe dans la chaîne de production. Cela montre que le travail de sensibilisation et plaidoyer mené depuis des années par les syndicats et la société civile porte des fruits.

2.  Points négatifs:

  • Retirer les commandes comme ‘punition’ en cas de non-respect me semble la solution facile mais dangereuse.  Car, de mon point de vue, garantir les conditions de production auprès des fournisseurs va de pair avec une certaine “fidélisation”, une relation qui vise la durabilité. Si pour chaque produit, Colruyt émet un appel d’offre et choisit celui qui est le moins cher, comment à chaque fois vérifier les conditions et effectuer des inspections? Dans leur communiqué, ils parlent de “plans d’amélioration”, mais je voudrais savoir dans quel mesure un soutien (financier) est offert pour que ces fournisseurs s’améliorent? Ou, vu les coûts des investissements nécessaires, est-ce que le système pousse les fournisseurs à fermer les portes et ouvrir ailleurs sous un autre nom, et le jeu recommence? 
  • Deuxième question: oui, annuler des commandes futur punit le fournisseur, mais est-ce que ceci ne punit pas surtout les travailleurs qui risquent de se retrouver à la rue? Ce n’est pas parce qu’il y a eu le drame à l’usine de textile de Rana Plaza qu’on appelle à un boycott de tous les vêtements qui proviennent du Bangladesh. Car sinon, à nouveau, ce sont surtout les travailleurs qui vont souffrir les conséquences… Si une entreprise prend sa Corporate Social Responsability au sérieux, ne vaut-il pas mieux aider les fournisseurs à effectuer les investissements nécessaires pour un travail digne et en sécurité? 
  • Colruyt se fie, selon La Libre, en partie à des vérifications faites par le BSCI (Business Social Compliance Initiative). J’ai personnellement visité des usines au Bangladesh où ce logo était affiché en grand et où les managers faisaient fièrement référence à ce système. Pourtant, j’ai des doutes sérieux quant à leur fiabilité. Pourquoi?  
    • Le plus souvent, leurs visites sont annoncés à l’avance, et le management peut arranger beaucoup de choses à la Daens (nettoyage, ne pas laisser travailler des mineurs, etc.)
    • Si les inspecteurs posent des questions aux travailleurs, que vont-ils dire si le managent est juste derrière?
    •  Essentiellement, ce sont les compagnies qui s’auto-contrôlent. Hum… Je dirai: “Bien, mais peut mieux faire.” Ainsi, deux des usines de Rana Plaza avaient reçu la certification BSCI peu avant l’écroulement du bâtiment… Un autre article intéressant ici (en anglais).

Et vous me demanderez alors: comment peut-on faire mieux? Bien sûr, il n’y a pas de solution miracle, mais pour moi, la garantie la plus importante pour des meilleures conditions de travail me semble être l’implication de tous les parties lors des inspections et audits (les fameux Multi-Stakeholders Initiatives): le gouvernement, les entrepreneurs mais aussi les syndicats (et s’assurer que ce soient des syndicats indépendants et qui ne sont pas dans la poche des cadres et du management bien sûr).
Comme exemple d’un tel système triparti qui effectue également des audits, voyez le Fair Wear Foundation (malheureusement à ce stade uniquement pour les vêtements).
Je vais envoyer ces réflexions et questions au responsable média de Colruyt, voir si je peux avoir plus d’éléments de réponse…
Update 20 juin 2014: j’ai reçu une réponse de la part de Colruyt, qu’ils préfèrent que je n’insère pas. Mais en gros, beaucoup d’éléments de réponses et il est évident que Colruyt est fait des efforts et est loin d’être le pire….

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